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PELERINAGE

Rien n'a l'attrait de mon village
Sous le clair de lune, endormi,
Quand la brise, fille volage,
Taquine le flot assoupi !

Je revois notre maisonnette
Qui mouille son pied dans l'étang ;
Les blancs nénuphars, la rainette,
Coassant les doux airs d'antan.

Je revois le haut mur de pierre
Par les tempêtes délabré,
Où généreux, quelque vieux lierre,
Le tapisse en sa nudité !

Je revois l'aubépine blanche
Embaumant dans un chemin creux,
Que tu cueillais en avalanche
Contre un baiser ! Peut-être... deux ?

Je revois la petite église
Fleurant bon les senteurs des champs,
Où bon fieux et gente promise
Offrent à Dieu leurs voeux touchants.

Je revois l'humble cimetière,
Vibrant des appels angoissés
Des morts, quêtant une prière,
Pour le repos des trépassés.

Je revois la bretonne fière,
En un geste pieux fleurir
Le Christ esseulé, du calvaire,
Fidèle hommage au Souvenir.

Il me faut quitter mon village,
Ses menhirs et ses genêts d'or,
Retrouver " mon tendre esclavage"...
Et dans ses bras, rêver encor !