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LE PAUVRE HOMME

La pauvre homme allait, presque nu,
Le ventre vide,
Mourant de faim
Et le coeur alourdi de haine !
Croisant un soir un de ces riches
Serrant fort sa haine en ses mains
Il la lui jeta en pâture
Comme on jette un os à un chien !
Puis dans son antre il s'en revint,
Tout aussi nu, Le ventre vide,
Mourant de faim !

C'était la nuit, il s'endormit.
Sur une table bien garnie
Victuailles et mets fumants,
Vin de Champagne. Ah ! quel régal !
Un bel habit tout flambant neuf
Chaud et douillet ! Il s'éveilla,
C'était un rêve! Il était là,
Tout aussi nu,
Le ventre vide,
Mourant de faim !

C'était là son destin, en somme !
Et tout résigné le pauvre homme
Chercha le repos et l'oubli
Dans les bras secrets de la nuit !
Au petit jour, il s'éveilla,
Sur sa paillasse il était là,
Tout aussi nu,
Le ventre vide,
Mourant de faim !