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L'AME DES FLEURS

Les fleurs se fanent de chagrin
Sur leur tige au feuillage austère.
L'aquilon, de sa voix d'airain,
Vient souffler l'oraison dernière !

La jardinière va mourir !
La rose ardente du poète
A d'autres mains viendra s'offrir
Pour fleurir la tombe muette.

Et le vieux banc tout frais repeint,
A l'abri d'un haut mur de lierre,
Invite à méditer ! En vain…
Ne viendra plus la jardinière !

Les oiseaux piaillent leur ennui
En de longs et lugubres trilles.
Le jet d'eau s'épanche sans bruit
Sur le bassin près des charmilles.

Sous un nénuphar, atterré,
Le poisson rouge fait surface
Sans voir l'insecte mordoré
Qui sur le marbre se prélasse.

Des gémissements et des pleurs ?
Ce murmure auprès des volières...
Serait-ce point l'âme des fleurs
Priant le Dieu des jardinières ?